Pourquoi vos vidéos YouTube ne rejoignent pas le Québec

Ce n’est pas votre contenu. C’est la langue dans laquelle il est emballé.

Publié le 4 min de lecture

Ouvrez vos statistiques YouTube et trouvez le Canada. Cherchez maintenant le Québec. Si vous publiez en anglais, il y a de bonnes chances que la province soit à peine visible, même si votre sujet (cuisine, rénovation, finances personnelles, autos) intéresse les Québécois autant que n’importe qui.

Ce n’est pas un jugement sur vos vidéos. C’est surtout une question de langue, et ça se règle plus facilement qu’on pense.

Au Québec, on cherche en français

Environ neuf millions de personnes vivent au Québec, et la grande majorité navigue en français. Quand quelqu’un à Sherbrooke veut réparer un robinet qui fuit, il ne tape pas « how to fix a leaky faucet ». Il tape « comment réparer un robinet qui coule ».

YouTube compare d’abord la recherche avec votre titre et votre description. Un titre en anglais ne peut pas correspondre à une recherche en français, peu importe la qualité de la vidéo. Votre vidéo ne perd donc pas la course pour ce spectateur : elle n’est même pas inscrite.

« Mais bien des Québécois parlent anglais »

Une partie, oui. Au recensement de 2021, 46 % des Québécois disaient pouvoir soutenir une conversation en anglais et en français. Ça laisse plus de la moitié de la population qui ne le peut pas, et ça ne dit rien des préférences. Bien des gens bilingues vont vous regarder en anglais une fois qu’ils vous ont trouvé. Très peu vont vous chercher en anglais quand une vidéo en français répond à la même question.

Et Montréal, ce n’est pas tout le Québec. Hors de l’île, le français est très largement la langue du quotidien, et c’est là que vit la majorité des spectateurs de la province.

Les sous-titres aident ceux qui vous ont déjà trouvé

Des sous-titres en français, c’est une belle attention, et ça aide certains spectateurs. Mais il y a deux problèmes.

Le premier, c’est la découverte. Pour que vos sous-titres servent à quelque chose, il faut d’abord que la personne tombe sur votre vidéo. Quelqu’un qui cherche en français, la plupart du temps, n’y tombera pas.

Le deuxième, c’est l’attention. Les sous-titres transforment une vidéo en devoir de lecture. Pour un documentaire, ça passe. Pour un tutoriel de 14 minutes qu’on regarde les mains pleines de coulis, ou un Short qui défile dans l’autobus, c’est beaucoup demander. On décroche plus vite quand il faut lire, et YouTube remarque combien de temps les gens restent.

Ce qui fonctionne vraiment

Un titre et une description en français. Dans YouTube Studio, vous pouvez ajouter un titre et une description traduits à n’importe quelle vidéo; elle peut alors être trouvée par les gens qui cherchent en français. C’est le changement le moins coûteux de la liste. Faites-le avant tout le reste.

Une piste audio en français. Si votre chaîne a accès à l’audio multilingue, vous pouvez ajouter une piste française à la même vidéo. Les spectateurs dont YouTube est réglé en français l’entendent par défaut, et chaque vue, chaque mention J’aime et chaque commentaire continue de compter pour la même vidéo. Sinon, une chaîne séparée en français est l’autre option. On compare les deux dans un autre article.

Une voix qui reste la vôtre. Votre public vous suit pour vous, pas seulement pour le sujet. Une version lue par un inconnu garde l’information, mais perd la personne. Quand la piste française est faite avec votre propre voix, et que vos lèvres suivent les mots, le public francophone reçoit la même chose que le public anglophone : vous.

Par où commencer

Pas besoin de doubler toute votre chaîne d’un coup. Commencez par ce qui fonctionne déjà.

  1. Ouvrez vos statistiques et classez vos vidéos selon la durée de visionnage de la dernière année.
  2. Mettez de côté tout ce qui est lié à un moment précis : actualité, tendances, « meilleur équipement de 2024 ». Gardez les vidéos intemporelles.
  3. Choisissez-en cinq. Ce sont vos premières vidéos en français.
  4. Écrivez des titres qu’un Québécois taperait vraiment. Pas une traduction de votre titre anglais : une recherche. Le mot « comment » est votre ami.
  5. Surveillez la place du Québec dans vos statistiques au cours des semaines suivantes.

Si ces cinq vidéos trouvent un public francophone, vous saurez que les vingt suivantes le trouveront aussi. Sinon, vous aurez appris quelque chose pour le prix de cinq vidéos plutôt que d’une chaîne complète.

Un dernier conseil : les commentaires

Quand les spectateurs francophones arrivent, certains commentent en français. Répondez-leur en français, même brièvement. Deux lignes dans leur langue font plus pour la fidélité que n’importe quelle miniature.