Ce qu’un couvreur ontarien peut apprendre du marché publicitaire québécois
Le français d’abord, le patron devant la caméra, et le bon mot pour dire « shingles ».
Passez d’Ottawa à Gatineau et les publicités changent. Les panneaux, les abribus, la pub entre deux chansons à la radio : le français d’abord, l’anglais ensuite, quand il y en a. Les entreprises locales du Québec font du marketing dans deux langues depuis toujours, et elles sont devenues bonnes là-dedans.
Si vous avez une entreprise de toiture en Ontario, ce marché est plus proche que vous pensez. Et ce qui fonctionne là-bas s’applique très bien au travail que vous faites déjà.
Votre clientèle francophone est peut-être déjà en Ontario
Avant de penser à traverser la rivière, regardez votre propre territoire. L’Ontario compte plus de 650 000 francophones, concentrés justement là où bien des gens de métier travaillent : l’est d’Ottawa, Prescott-Russell, la région de Cornwall, Sudbury, le Nord-Est. À Hawkesbury ou à Casselman, le français est la langue de tous les jours pour la plupart des gens.
Ces propriétaires peuvent lire vos annonces en anglais. Mais quand deux couvreurs apparaissent dans leur fil, l’un en anglais et l’autre dans leur langue, vous devinez qui reçoit l’appel.
Leçon 1 : le français d’abord, pas le français en plus
Les entreprises qui réussissent au Québec ne font pas une pub en anglais avec un peu de français collé dessus. La version française est la version principale, écrite pour des francophones, et ça se sent. Rien n’a l’air traduit.
Le contraire se repère tout de suite : des tournures raides, une phrase anglaise cachée sous des mots français, une blague qui marchait mieux dans l’original. Les propriétaires le remarquent, et ce qu’ils retiennent, c’est que l’entreprise n’est pas vraiment d’ici.
Leçon 2 : utilisez leurs mots
C’est là que les gens de l’extérieur se font prendre. Au Québec, un propriétaire demande une soumission, pas un devis (ça, c’est en France). On parle de bardeaux, de solins, de gouttières.
Avec les bons mots, vous sonnez comme un couvreur du coin. Avec les mauvais, vous sonnez comme une application de traduction, même si chaque mot est techniquement correct. Une bonne version française est écrite en français d’ici, par quelqu’un qui connaît le vocabulaire du métier, et elle est relue avant d’arriver devant vos clients.
Leçon 3 : mettez le patron devant la caméra
Regardez assez de publicités locales au Québec et vous remarquerez à quel point le propriétaire apparaît souvent lui-même, face à la caméra, pour dire « venez nous voir ». Ça fonctionne pour la même raison que vos meilleures références : on engage des gens en qui on a confiance, et voir la personne derrière l’entreprise, c’est un raccourci vers la confiance.
Vous avez probablement déjà ça en anglais. Deux minutes de vous sur un toit, en train d’expliquer comment vous trouvez une fuite, valent plus que n’importe quelle photo de famille souriante tirée d’une banque d’images. La question, c’est de savoir si votre clientèle francophone a la chance de la voir.
Leçon 4 : une bonne vidéo vaut mieux qu’une pile de dépliants traduits
Passons au concret. Vous n’avez pas besoin d’une campagne publicitaire en français. Vous avez besoin de votre meilleure vidéo, en français, avec votre propre voix.
Quand la version française garde votre voix et que vos lèvres suivent les mots, on n’a pas l’impression d’un doublage. On a l’impression d’un couvreur qui parle français, tout simplement. Mettez-la sur votre site Web, votre fiche d’établissement Google, votre page Facebook et dans vos publicités qui ciblent les quartiers francophones. Une vidéo, partout.
Les bonnes candidates :
- Votre vidéo de présentation, si vous en avez une.
- Une vidéo qui explique votre façon de faire : inspection, soumission, installation, nettoyage.
- Une vidéo sur un problème courant : digues de glace, infiltrations autour de la cheminée, bardeaux qui retroussent.
Avant d’accepter des contrats au Québec
Si la vidéo fonctionne et que Gatineau se met à appeler, vérifiez d’abord les règles de licence. Les entrepreneurs qui travaillent au Québec ont généralement besoin d’une licence de la Régie du bâtiment du Québec (RBQ), et des ententes facilitent l’accès pour les entrepreneurs ontariens. Une vidéo en français peut vous valoir l’appel. Elle ne peut pas vous valoir la licence.
En résumé
Des propriétaires francophones vivent déjà dans votre marché, et bien d’autres sont à quinze minutes. Parlez-leur d’abord dans leur langue, avec leurs mots, et montrez-leur la personne qu’ils engageraient. La façon la plus rapide de faire les trois, c’est la vidéo que vous avez déjà.